Affichage dynamique – Des players aux fonctions de plus en plus évoluées (Partie II)

Communication, Publicité, Lieux Public // lundi, 21 novembre 2016 // Rédigé par Pierre-Antoine Taufour

Suite de notre dossier portant sur l’affichage dynamique, appelé aussi « Digital Signage »*. Le DS est devenu un outil de communication à part entière au regard du nombre d’écrans LCD qui, dans les magasins, centres commerciaux ou halls d’accueil, ont pris le pas sur les traditionnelles affiches et autres panneaux d’information statiques. Ce système d’affichage dynamique multi-écrans et multi-sites est basé sur une architecture similaire, quel que soit le fournisseur du système ou son exploitant. Au centre, se trouve un serveur sur lequel tournera l’application principale de distribution des contenus et de planification de leur affichage. Ce serveur transmet, via un réseau IP, les contenus multimédias vers des players associés aux écrans d’affichage sur le lieu de diffusion.

 

Du PC aux players

Le lecteur ou « player » raccordé à l’écran d’affichage ne semble pas, de prime abord, un élément technique essentiel de l’installation, un simple PC pouvant remplir les fonctions de lecture demandées.

Pourtant, son choix et ses caractéristiques doivent retenir toute l’attention de l’intégrateur et de son client car, en cas de décision erronée ou de pannes répétitives, ce sont plusieurs dizaines de machines qu’il faudra remplacer ou mettre à jour. Et si le réseau de diffusion est étendu, comme souvent dans le cas des applications commerciales, les coûts d’exploitation explosent avec des frais de déplacement pour les équipes de maintenance.

Norbert Maire, directeur de l’Innovation chez MediaTransports, a participé à la mise en place, dès 2008, du premier réseau d’écrans dans le métro-RER avec 400 unités. Il relate les étapes de l’évolution du hardware (dalles et players) utilisé : « Nous avons commencé avec des écrans Samsung 70 pouces et des PC grand public et nous avons dû nous adapter aux faiblesses du hardware, face aux parasitages électriques et aux coupures d’alimentation souvent liées aux opérations de travaux et de délestage dans les univers de transports. Ensuite, nous avons opté pour des écrans Sharp Pro et un player basé sur une solution Advantech. »

Il est important aussi que les players soient munis de fonctions d’alarme et d’interfaces suffisantes pour les piloter à distance. Il est impératif que les machines soient conçues pour un fonctionnement 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Selon le lieu d’installation, une machine silencieuse sans ventilation constitue un atout.

Compte tenu de ces contraintes exigeantes, de nombreux industriels ont préféré concevoir un hardware dédié spécifique aux impératifs de l’affichage dynamique. Cela leur permettait de choisir un système d’exploitation plus léger que Windows avec, soit du Linux, soit de l’Android. C’est ainsi que sont nées les gammes de players BrightSign, Innes ou Spinetix, associées à un logiciel dédié ou des gammes spécifiques : Digital Signage chez Advantech, Nexcom ou les NUC d’Intel. Pour des applications plus légères, des intégrateurs ont parfois fait le choix du Raspberry et on voit apparaître des machines Android TV dans certains catalogues.

Au niveau du choix des OS, Windows représente environ un tiers des usages avec une prédominance dans le secteur du corporate, les entreprises ayant l’habitude de cet OS pour leur informatique de gestion. Linux, sur une base PC, représente environ 15 % des usages, et Linux Embedded, sur des plates-formes dédiées, environ 20 %.

Philippe Bonnargent, directeur de LCS, intervient plutôt sur le marché du corporate et plaide en faveur de Windows : « Si on veut toute la puissance nécessaire, l’OS de Microsoft offre la plus grande ouverture à tous les formats et à tout type de codec. Il donne accès aussi à toutes les bases de données et à un plus grand confort pour l’IPTV. »

 

Players intégrés ou indépendants ?

Lorsqu’il y a trois ans, Sony et Samsung ont annoncé l’intégration de players de type SOC dans leurs moniteurs professionnels, de nombreux observateurs se sont interrogés sur l’avenir des players indépendants dédiés au digital signage. Depuis, d’autres constructeurs les ont rejoints, chacun choisissant un OS spécifique : Tizen pour Samsung, WebOS pour LG, Android pour Nec et Panasonic… le navigateur Opera HTML5 pour Sony.

Outre le fait que le client se trouve lié à un fournisseur à cause de cette hétérogénéité logicielle, les constructeurs font régulièrement évoluer leur version logicielle sans garantir une compatibilité ascendante entre les gammes. Lorsque le déploiement du réseau d’affichage dynamique s’étend sur plusieurs phases, cela peut compliquer singulièrement la gestion du parc.

Frank Dupin, président-fondateur d’Innes, met en avant la pérennité des media players indépendants, leurs constructeurs ayant à cœur de préserver leur clientèle avec une mise à jour régulière de leurs produits afin de proposer des offres robustes et qualitatives à des prix en phase avec le déploiement de réseaux d’écrans importants.

Enfin, de nombreux acteurs constatent que le player intégré aux écrans n’offre pas toute la puissance nécessaire exigée par les projets les plus lourds. Philippe Bonnargent, directeur général de LCS, estime que « si on n’a pas besoin de beaucoup de puissance, un player intégré peut suffire. Nous travaillons principalement avec Net Display System qui, au départ, n’avait qu’un player Windows et a développé une gamme HTML5. Maintenant, il peut fonctionner sur Linux, Tizen, WebOs, Android, voire Google OS ».

Franck Dupin souligne aussi qu’un media player séparé est encore aujourd’hui plus raisonnable pour déployer de gros projets avec sérénité. Les approches « SoC » intégré, proposées par les constructeurs d’écrans, ne sont pas encore à la hauteur des exigences du marché, même si la prochaine génération devrait changer ce constat. D’aucuns font remarquer également que les constructeurs d’écrans LCD intelligents (avec SoC intégré) sont, avant tout, des vendeurs d’écrans et ils ne veulent pas entrer en concurrence frontale avec les intégrateurs ou éditeurs sur les logiciels de pilotage (CMS). Ainsi, Sony l’a bien compris car, au lieu de développer sa propre offre logicielle de digital signage, le fabricant a conclu un partenariat avec l’éditeur spécialisé TDM afin de concevoir une offre packagée avec ses moniteurs professionnels Bravia.

Les systèmes d’affichage dynamique destinés aux entreprises se rapprochent beaucoup des modes d’affichages de la TV, en particulier des chaînes de news, avec bandeaux défilants, vignettes, multifenêtrage. Cela exige un surcroît de puissance au niveau du player et, pour ce type de projet, le player spécialisé et indépendant est indispensable, selon Frank Dupin (Innes), Michel Baronnier (président de TMM Communication) et Philippe Bonnargent (LCS) qui se rejoignent sur cet aspect. Ce dernier précise qu’il n’est pas rare de retrouver une composante IPTV dans ce type de projet pour distribuer une chaîne de news ou un programme local. Les systèmes de digital signage de type corporate sont souvent circonscrits à un site, et une distribution en streaming n’est pas pénalisante, alors que pour les réseaux destinés au retail ou au transport, avec de nombreux sites distants, cela n’est pas envisageable.

 

L’intersynchronisation des players

Une autre caractéristique en faveur des players externes dédiés réside dans la possibilité de les synchroniser pour gérer des affichages multiples, par exemple des murs d’images ou des affichages composites sortant du format rectangulaire classique.

Norbert Maire évoque aussi le cas de la diffusion de plusieurs écrans dans les grands halls des gares. En plus de la diffusion dans le métro de Paris, Toulouse, Rennes et bientôt Marseille, MediaTransports gère les 900 écrans du réseau Mediagares implanté dans les principales gares de la SNCF. Avec une apparition synchrone du message sur tous les écrans, on obtient un impact visuel plus fort.

Frank Dupin confirme aussi l’intérêt des créatifs pour des effets visuels de plus en plus spectaculaires et pour la synchronisation multi-écran. La gestion des murs à Led exige aussi des capacités d’affichage particulières et des cartes graphiques adaptées pour traiter de très grandes résolutions.

Autre enjeu, l’affichage en 4K. BrightSign propose, depuis un an, des players avec des sorties 4K. De son côté, Innes annonce pour l’automne la sortie d’un media player avec une résolution UHD. Le constructeur breton prévoit d’ajouter une fonction de sous-titrage à ses players pour faciliter la mise à jour des informations diffusées, sans modifier ou réencoder les éléments visuels. Il apportera aussi une plus grande convergence vers l’IPTV et le streaming adaptatif.

 

Une sage cohabitation

Lors de la sortie des écrans avec players intégrés en SOC (Système On a Chip), certains craignaient une opposition frontale entre les deux stratégies : players indépendants contre players intégrés dans les écrans. En réalité, avec l’évolution des technologies du web et l’émergence du HTML5, les constructeurs essaient d’unifier leurs architectures. La plupart des players sont basés sur des web apps et exploitent le codage HTML5. Frank Dupin constate que la partie commune du logiciel indépendante du hardware croît régulièrement jusqu’à atteindre 80 % et qu’il ne reste plus que 20 % de spécifique à adapter aux aspects matériels et aux OS de plus en plus orientés web.

Innes privilégie, bien entendu, la licence logicielle sur son propre matériel media player, mais travaille aussi sur les SOC des constructeurs d’écran. De plus en plus de constructeurs fournissent les API ou, au moins, les SDK pour se connecter sur les CMS existants. Ce sont davantage les fonctionnalités et la qualité du rendu qui peuvent varier d’un outil à l’autre, un peu comme lorsqu’on convertit un fichier d’un format propriétaire à un autre. À son avis, « les deux écosystèmes vont cohabiter avec de plus en plus d’éléments communs, mais on est loin de voir la fin du media player indépendant ».


* Article extrait du dossier « Les évolutions de l’affichage dynamique » paru, pour la première fois, dans Sonovision #4, pp. 26-36. Soyez parmi les premiers à recevoir dès sa sortie notre magazine papier en vous abonnant ici 

La première partie de ce dossier est en ligne ici 

 

 

 

 

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