CNRS Images, l’œil et la mémoire scientifique

Communication, Contenu // lundi, 28 novembre 2016 // Rédigé par Stéphan Faudeux

CNRS Images, rattaché à la Direction de la communication du CNRS – Centre national de la recherche scientifique –, emploie une trentaine de personnes, travaillant dans différents services : la photothèque, la production et la vidéothèque. CNRS Images se trouve sur le site historique de Meudon-Bellevue. Il produit et coproduit près de 150 films par an. Outre le CNRS, dont le siège est à Paris, il existe 18 délégations régionales et 1100 laboratoires qui, potentiellement, sont également des producteurs de contenu. Entretien avec Catherine Balladur, directrice de CNRS Images ; Nathalie Lambert, chargée de communication, et Marie Mora Chevais, responsable de production.*

 

Sonovision : Quelle est la fonction de CNRS Images ?

Catherine Balladur : Aujourd’hui, CNRS Images est le service audiovisuel du CNRS ; notre mission nous vient de la direction de la communication. Nous avons pour objectif de valoriser la recherche, avec la particularité de le faire avec des images fixes, mais aussi animées. Pour y parvenir, nous avons à notre disposition un service de production audiovisuelle interne qui dispose de ses propres moyens techniques, ainsi que d’une vidéothèque et d’une photothèque. CNRS Images comprend aujourd’hui une trentaine de personnes, mais nous étoffons nos équipes par des intermittents du spectacle, notamment sur les postes techniques, que ce soit pour la vidéo ou la photographie.

 

Sonovision : Quelle est l’histoire du site ?

Nathalie Lambert : Le site de Bellevue est le siège historique du CNRS créé en 1939. Le site avant le CNRS était également dédié à la recherche scientifique, c’était L'Office national des recherches scientifiques et industrielles & des inventions (ONRSI). Cet organisme, qui date des années 20, avait déjà une cellule audiovisuelle qui répertoriait en images fixes et animées (plaque de verre et en pellicule N&B muette) toutes les inventions qui se faisaient sur le site. C’est l’un des premiers services audiovisuels publics et nous disposons de ce fonds d’archives inestimable qui se compose approximativement de 12 000 plaques de verre et plus de 700 films muets. Ce sont plus des séquences que des films montés proprement dits. Jean Comandon(1)  était directeur de cette cellule audiovisuelle. Il y avait, sur le site, une grande verrière qui éclairait le studio de tournage d’une lumière naturelle, sur le même principe que celui utilisé par Georges Méliès dans son studio de Montreuil.

Même si nos activités sont dédiées à la recherche actuelle, nous essayons de valoriser au mieux ce fonds d’archives. Pour cela nous faisons des partenariats avec le CNC, pour les restaurer, les valoriser en fonction de l’actualité. Avec le centenaire de la Première Guerre mondiale, nous avons de nombreuses images de cette époque et quelques séquences ont été numérisées pour les proposer aux diffuseurs et producteurs. Pour les plaques de verre, nous avons demandé à la Société française de photographie de réaliser une expertise du fonds et nous avons quelques projets pour valoriser cette collection unique.

Nous avons de nombreuses séquences assez cocasses et originales comme des films de la première machine à laver la vaisselle, et de trottoirs roulants. Suite à l’exposition universelle de 1900, il avait été envisagé d’équiper tous les trottoirs de Paris de trottoirs roulants, et tous les essais se faisaient ici devant le pavillon de Bellevue avec des hommes en costume et chapeau qui tombent parfois !

 

Sonovision : Concernant le fonds d’archives, il n’est pas entièrement numérisé, quelle est votre politique ?

Nathalie Lambert : Il est impossible économiquement et humainement de numériser l’ensemble des films. Nous faisons des sélections thématiques liées souvent à l’actualité ou motivées par des événements de médiations scientifiques. Ainsi, pas à pas, nous numérisons le patrimoine audiovisuel du CNRS.

 

Sonovision : De quand CNRS Images date-t-il ?

Catherine Balladur : Le service audiovisuel date de 1973. Les chercheurs, les membres du CNRS se sont approprié l’outil audiovisuel. Cela a commencé par les sciences humaines avec les chercheurs qui allaient sur le terrain, comme notamment Jean Rouch. Au bout d’un certain temps, il est apparu intéressant que des professionnels de l’image accompagnent ces scientifiques pour témoigner de leurs recherches lors de leurs missions. La structure est née de ce postulat. Ce fonds d’archives, très lié aux sciences humaines à l’origine, s’est progressivement équilibré dans les autres disciplines afin d’être représentatif de tous les champs disciplinaires couverts par le CNRS.

En dehors du service audiovisuel officiel, on va dire centralisé, qui est le nôtre, il y a des petites cellules dans des laboratoires où l’on peut retrouver une ou deux personnes qui sont en capacité de filmer, encadrer les chercheurs sur le terrain. Cela nous permet d’enrichir nos contenus et d’avoir des films que nous n’aurions pas toujours pu produire. Si les contenus ont été pensés en termes de droits, nous pouvons assurer leur distribution. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas, car les scientifiques qui produisent ces contenus s’approprient l’outil audiovisuel, mais ont très peu de notions de droits d’auteur, ou de droit à l’image. Ils vont récupérer parfois des images et des musiques sur Internet et cela pose quelques problèmes…

Il est important que ces films existent, donc nous faisons de la formation pédagogique, nous les incitons à venir nous parler de leur projet avant de partir, et là nous leur fournissons un cahier des charges avec des conseils sur la prise de vue, mais aussi sur le juridique pour qu’ils puissent produire un film exploitable techniquement et juridiquement.

 

Sonovision : En termes de volumétrie, combien de programmes produisez-vous et comment ?

Catherine Balladur : Nous avons produit ou coproduit 142 films en 2015 (soit 29 heures de programmes), un chiffre à peu près similaire à l’année précédente. On entend par films aussi bien de la coproduction pour la télévision avec des formats classiques, que des films plus courts produits pour CNRSLeJournal.fr. Nous faisons des coproductions avec la télévision pour des raisons évidentes : ce sont des diffusions Prime time, en général Arte, France 5, France 3 (histoire) France 2 (sciences humaines), ce sont des budgets et un savoir-faire que nous n’aurions pas seuls.

Nous avons aussi des productions en interne qui peuvent aller de 2 minutes à plusieurs films de 10 minutes, voire un 52 minutes, produits 100 % en interne. Pour ces projets que nous initions, nous pouvons éventuellement avoir d’autres organismes de recherche en partenariat.

 

Sonovision : Comment les projets de coproduction sont-ils arbitrés ?

Catherine Balladur : Majoritairement, les sociétés de production viennent nous chercher, nous collaborons beaucoup avec l’association Science et Télévision (AST) qui réunit 70 producteurs de documentaires scientifiques pour la télévision et qui nous connaissent très bien. Ils savent ce que nous pouvons leur apporter et nous sommes fréquemment interrogés sur les grands axes pour les deux années à venir et ainsi parfois  leurs projets cadrent avec nos priorités scientifiques.

Le plus souvent les producteurs ont une démarche différente, ils ont de beaux sujets, un financement quasiment bouclé et viennent directement vers nous chercher un complément. Nous leur apportons de 1 à 10 %, dans le meilleur des cas, de leur budget final. Mais cela leur apporte également  une caution, un label ; nous sommes coproducteurs, nous insistons sur cette notion. Il ne s’agit pas d’une subvention.

 

Sonovision : Comment la distribution des contenus se fait-elle ?

Nathalie Lambert : La diffusion et la distribution des contenus se fait à travers notre site. Nous faisons de la vente directe des films, des DVD, des fichiers numériques. Nous avons des accords avec des centrales d’achat et nous faisons également un peu de vente à l’international, dans les réseaux universitaires, pédagogiques, les instituts français… Depuis plus d’un an, nous avons noué un partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale, dans le cadre de la plate-forme Eduthèque.

Nous avons également des stocks shots qui sont consultables sur notre plate-forme et prochainement accessibles aux professionnels (journalistes, producteurs…). Nos documentalistes préparent des sélections thématiques d’images sur lesquelles nous avons les droits. De par notre mission d’information, nous fournissons gracieusement aux journaux télévisés des images ; par contre, toutes les autres utilisations sont payantes.

Concernant la vidéothèque, 2 300 films sont dans le fonds, dont 1 300 sont regardables en ligne gratuitement. Le reste, soit n’est pas numérisé, soit nous n’avons pas les droits pour les diffuser. Dans ce dernier cas, on met parfois des extraits sur lesquels il n’y a pas de problème de droits. Concernant la photothèque, nous avons 31 000 photos en ligne ; les utilisateurs de la photothèque sont essentiellement les labos, les instituts qui veulent des images pour leurs plaquettes, des médias et les éditeurs pour leurs publications. La vidéothèque, c’est plutôt le grand public qui la consulte.

 

Sonovision : Comment produisez-vous vos programmes en interne ?

Marie Mora Chevais : Nous fonctionnons exactement comme un producteur audiovisuel, et majoritairement tout le personnel a un cursus audiovisuel. Hors coproductions, en 2015, nous avons produit avec nos propres moyens 71 films, soit environ 14 heures de programmes.

Nous avons une équipe de monteurs, réalisateurs, chefs opérateurs, un ingénieur son. En termes d’équipement, nous avons un studio de mixage, tout le matériel de tournage, cinq salles de montage, Final Cut Apple, Adobe Premiere Pro et Avid. Quand nous n’avons pas les compétences internes, nous faisons appel à des intermittents, en particulier pour le mixage audio et l’étalonnage. En termes de prise de vue, nous sommes équipés principalement de caméras Canon C-300.

 

Sonovision : Quelles sont les lignes éditoriales qui prévalent pour les productions internes ?

Catherine Balladur : Les projets peuvent venir des grands axes stratégiques du CNRS, notamment en suivant les thématiques couvertes par la mission interdisciplinarité comme en ce moment sur les nanosciences, le cerveau, le handicap…  Nous avons aussi de la remontée d’info des instituts scientifiques, des labos, des directions régionales… Tout arrive dans un entonnoir jusqu’à la direction de la communication et, si cela le mérite, nous mettons en production un film.

Nous devons aussi remettre à jour certaines thématiques. La science évolue très vite, notre fonds audiovisuel peut être obsolète. Lors de la COP21, nous avons regardé le fonds lié à ce thème et nous nous sommes dit qu’il était nécessaire de mettre à jour les archives sur le climat en produisant de nouveaux films.

En plus du temps et du budget consacrés à la production, à la diffusion et à la sauvegarde du patrimoine audiovisuel, il nous faut rester en capacité humaine et financière afin d’être réactifs pour des sujets d’actualité imprévus comme la découverte du Boson de Higgs ou la détection des premières ondes gravitationnelles.

Marie Mora Chevais : Nous faisons beaucoup de films courts, entre 5 et 10 minutes, qui nécessitent trois jours de tournage et d’un à cinq jours de postproduction. Nous produisons également des 26 minutes qui nous prennent dix jours de tournage et trois à quatre semaines de postproduction. Plusieurs projets nécessitent des tournages à des dates différentes, par exemple si nous faisons un film sur la mousson africaine. Il faut y aller au moins à deux saisons, donc cela va être saison sèche-mousson ; il s’est passé six mois entre les deux. Pour d’autres films, sur des chantiers de fouilles, il peut s’écouler des années entre les premières images et la fin du film.

 

Sonovision : Avez-vous déjà produit des projets en 4K ?

Marie Mora Chevais : Pour l’instant non, nous ne pouvons pas gérer cela en montage, et il n’y a pas d’investissement sur la 4K de prévu. Toutefois, nous travaillons sur une série, avec Mona Lisa Productions, qui a été tournée en 4K. Nous avions été coproducteur sur Planète Glace et le projet actuel, Planète Sable, sera diffusé pour la fin de l’année sur Arte.

 

Sonovision : Quelle production récente vous a mobilisés dernièrement ?

Marie Mora Chevais : Nous sommes en train de terminer un film sur le camp des Milles. Il y a beaucoup d’entretiens, de la pédagogie, des réflexions d’historiens qui  présentent ce lieu unique  pour comprendre l’histoire et agir au présent contre les intolérances.  Sinon, nous produisons deux à trois films par mois pour CNRS Le Journal.fr. Dans l’avenir, nous devons produire des films courts autour de la biologie, le CNRS souhaitant communiquer autour des sciences du Vivant.

 

Sonovision : Quelle est votre politique sur la valorisation et la conservation des fonds ?

Catherine Balladur : Tout est stocké, archivé et conservé ici, sauf quelques éléments présents au CNC, à Bois d’Arcy. Nous vérifions leur état régulièrement, notamment celui des films anciens. Pour les archives vidéographiques, nous les recopions sur de nouveaux supports. Toutefois, nous ne jetons rien et nous gardons les masters. Il faut numériser au fil du temps, nous avons des partenariats avec la BNF pour numériser ce qui était en ¾ UMatic. Nous leur avons cédé des droits, et en contrepartie ils numérisent les films. Nous avons très à cœur cette sauvegarde du patrimoine du CNRS. Cela coûte très cher, nous sommes totalement convaincus qu’il faut le faire, mais c’est une petite bataille en terme de budget.

Pour la production interne, nous avons un serveur sur lequel tous les contenus sont centralisés et stockés en HD. Cela a été un gros travail pour imaginer et déployer les nouveaux workflows. Nous avons entamé un processus de passage à la HD il y a trois ans en commençant par le tournage en HD et, depuis deux ans, nous avons migré vers un stockage centralisé.

 

Sonovision : Quelles sont les dernières opérations de communication qui ont remporté un succès ?

Nathalie Lambert : Le 21 décembre 2012, certains annonçaient la fin du monde selon le calendrier des Mayas. Nous avons eu l’idée de créer un buzz en « démontant » cette théorie farfelue et nous avons produit un film mis en ligne le 12/12/12 à 12h12. Cela avait été repris dans les médias qui n’étaient pas nos médias habituels, et le film a totalisé plus de 600 000 vues à l’époque, et continue à être vu. Voilà un exemple différent de ce que nous faisons régulièrement, mais qui illustre la place des réseaux sociaux et de la communication virale.

Certains films touchent une large audience pour diverses raisons qui parfois nous échappent. Un constat : les films d’archéologie, surtout lorsqu’ils proposent des reconstitutions 3D, rencontrent un certain succès comme Une folie de Néron ou Pont d’Avignon, la traversée du temps. Certains films sont naturellement portés par l’actualité scientifique.

Nous utilisons Dailymotion pour la distribution des contenus. Nous avons fait ce choix en 2008, car nos contenus sont essentiellement francophones, et sur YouTube c’était principalement anglophone à l’époque. J’ai testé les deux back offices, Dailymotion avait des fonctionnalités plus pratiques. Aujourd’hui, nous ne ferions pas forcément le même choix, et nous étudions la faisabilité d’une chaîne YouTube avec une ligne et un ton différents de ce que nous faisons actuellement.

 

Sonovision : Quels sont les prochains challenges ?

Marie Mora Chevais : Le lancement d’une chaîne YouTube ou pas ? L’envie de faire des contenus plus interactifs, multi-screen. Nous faisons beaucoup de veille sur de nombreux sujets comme « Comment écrire différemment la vulgarisation scientifique ? » pour toucher un autre public… Nous suivons également les avancées de la vidéo 360 ; nous avons plusieurs projets qui seraient parfaits en 360 !

Nous allons aussi suivre en image la Nanocar Race, la première course internationale de molécules-voitures qui aura lieu à Toulouse les 14-15 octobre : http://nanocar-race.cnrs.fr/. C’est un défi à cette échelle !

 

(1) Jean Comandon, est un médecin français né le 3 août 1877 à Jarnac et mort le 30 octobre 1970 à Sèvres. Il invente la microphotographie en 1908. Il est l’un des précurseurs du cinéma scientifique. Il a couplé microscope et caméra pour décomposer le mouvement des cellules animales. En 1926, il prend la direction du laboratoire de biologie et de cinématographie scientifique fondé par Albert Kahn.

 

Pour aller plus loin

Véritables vitrines, les photothèque et vidéothèque du CNRS témoignent des recherches scientifiques menées sur le terrain et dans les laboratoires du CNRS en France et à l’étranger. L’ergonomie des sites a été repensée pour laisser une part prépondérante à l’image. L’affichage est optimisé pour tous les écrans. Le partage dans les médias sociaux est facilité.

Le site de CNRS Images : www.cnrs.fr/cnrs-images/
La vidéothèque du CNRS : videotheque.cnrs.fr
La photothèque du CNRS : phototheque.cnrs.fr
Les yeux de la Science, le blog de CNRS Images : https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/les-yeux-de-la-science
CNRS Le Journal https://lejournal.cnrs.fr/

 

 

CNRS Images en quelques chiffres

4 090 photographies produites ou collectées en 2015
142 films produits en 2015
47 711 images dans le fonds photographique
25 000 visites par mois sur le site de la photothèque
34 199 visites par mois sur le site de la vidéothèque
15 prix obtenus dans des festivals
 2,1 millions de vues sur Dailymotion

 

* Cet entretien a été réalisé début juillet 2016. Il est paru pour la première fois dans Sonovision #4, pp. 38-40.  Depuis, Catherine Balladur, l’actuelle directrice de CNRS Images, a rejoint la direction de la communication au siège du CNRS. Elle a été remplacée par Anne Brucy qui a pris ses fonctions le 16 août. Soyez parmi les premiers à recevoir dès sa sortie notre magazine papier en vous abonnant ici 

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