Petites salles de réunion - Vers la «huddle room» et la communication unifiée

L’équipement audiovisuel d’une salle de réunion de petite taille s’est longtemps résumé à un vidéoprojecteur posé sur la table ou fixé au plafond, un écran de projection et un jeu de câbles en attente pour y raccorder son micro-ordinateur. Cette configuration basique est en train d’évoluer avec l’arrivée des écrans LCD de grande taille, la transmission sans fil et les nouveaux outils de travail collaboratif.*

 

Le vidéoprojecteur installé au plafond ou posé sur la table est resté longtemps l’équipement habituel de diffusion audiovisuelle dans les salles de réunion. Les écrans LCD de grande taille viennent les remplacer petit à petit. Thomas Issa, responsable produits VP et TV professionnels chez Sony Europe constate : « Il y a cinq ans, nous fournissions environ 85 % de vidéoprojecteurs et 15 % d’écrans LCD pour les salles de réunion. Depuis, les chiffres se sont inversés, 85 % d’écrans et 15 % de VP, principalement sur le segment des grands comptes et des sièges sociaux. Ce renversement est moins important sur le secteur éducatif ou les TPE pour lesquels la contrainte budgétaire est plus forte. »

 

Les vidéoprojecteurs laissent la place aux écrans LCD

Les écrans LCD offrent une puissance lumineuse plus élevée que les vidéoprojecteurs, qui exigent encore de réduire la lumière ou de baisser les stores lorsque le soleil éclaire en direct la salle. Les clients les préfèrent systématiquement à la projection pour la qualité d’image et la facilité de mise en œuvre. Ils seront plus faciles à installer qu’un vidéoprojecteur au plafond, qui exige la pose d’un support et une circulation des câbles en faux plafond.

L’autre raison importante de ce basculement de technologie est la réduction de la taille des salles de réunion. Dans un immeuble de bureaux ou un siège social, la quantité d’espaces de rencontre explose et dépasse parfois plusieurs centaines de locaux avec des capacités de 4, 6, 8 ou 12 participants. Ils sont conçus pour des réunions plus informelles, décidées à la dernière minute. Les grandes salles de 20 à 30 places se raréfient, sauf pour les comités de direction ou les salles de conseil.

Les Américains définissent ces nouveaux espaces sous le nom de « huddle room », difficile à traduire en français : bulles, alvéoles, venant compléter les « open spaces » où chacun travaille de manière individuelle.

Laurent Puget, directeur de LCD Vision à Toulouse, observe aussi ce basculement vers les écrans LCD avec une forte accélération depuis deux ans. Sa société fournit des écrans de 32 pouces pour les « huddle rooms », des 46 pouces pour de petits bureaux, mais aussi des tailles de 55, 75, 84 ou 95 pouces.

Frédéric Van der Meulen, directeur régional de Videlio, affirme de son côté que « jusqu’aux 55 pouces, il n’y a plus de débat dans les grands comptes. Par contre, au-dessus du modèle 60 pouces, le budget reste élevé et devient réservé aux salles plus haut de gamme. Si on multiplie le nombre de salles, le vidéoprojecteur reste moins cher. Le secteur éducation lui aussi reste fidèle aux vidéoprojecteurs, car le nombre de participants est plus élevé. »

François Tourny, responsable d’un bureau d’études multimédia et scénographique, préconise les choix suivants selon les capacités des salles : pour un box de 4 personnes, un écran 32 pouces, de 6 à 8 places un modèle 40 pouces, et pour une salle de 10/12 places, un écran de 48 pouces. Au-delà, il prescrit le vidéoprojecteur qui offre une image plus grande, d’autant que souvent la salle est en longueur.

 

La transmission sans fil et les terminaux mobiles

La seconde évolution majeure des salles de réunion réside dans l’arrivée des liaisons sans fil pour la transmission des images vers le vidéoprojecteur ou l’écran LCD. Plusieurs produits ont été lancés par des industriels innovants, en particulier le WePresent d’Awind, société rachetée depuis par Barco. Mais le vrai démarrage de cette technologie s’est produit avec le lancement du ClickShare de Barco en septembre 2012.

Basé sur un bouton ou un « pad » que l’utilisateur branche sur le port USB de son micro-ordinateur, ClickShare est extrêmement simple à mettre en route. Le système charge directement en mémoire vive le logiciel de transmission et d’encodage sans avoir besoin de l’installer et donc d’avoir le mot de passe d’administration de la machine. De plus, il utilise une liaison wi-fi spécifique point à point vers le boîtier récepteur raccordé à l’affichage, sans emprunter le réseau wi-fi de l’entreprise. Les DSI sont toujours réticents à ouvrir leur réseau à des visiteurs extérieurs et au transport d’images vidéo.

Le ClickShare a remporté très vite un énorme succès, car il supprime toutes les complications dues à la connectique ; fini le dilemme VGA/HDMI/DisplayPort et le fatras de câbles au milieu de la table de réunion. Frédéric Van der Meulen confirme cet engouement : « L’essayer c’est l’adopter ».

Avec l’arrivée des terminaux mobiles en entreprise, smartphones et tablettes, de nombreux constructeurs ont proposé leur propre solution de liaisons d’images vidéo et informatiques sans fil. Parmi ceux-ci AMX, Christie, Crestron, Extron, Kramer, Vivitek. Un tableau comparatif de leurs architectures et fonctionnalités a été publié dans Mediakwest n° 11.

Même si les principes généraux restent identiques, il existe des différences en termes de raccordement réseau, de nombre de sources affichées, de formats de fichiers lus et de sécurité. Si le mode recopie d’écran est commun à tous les produits pour les micro-ordinateurs et les terminaux Android, la compatibilité AirPlay pour iOS n’est pas disponible pour tous les modèles. Même si ce mode de transmission sans fil se généralise, de nombreux intégrateurs préfèrent installer, à titre de secours, un panneau de raccordement filaire équipé en VGA et HDMI.

Le ClickShare de Barco reste l’outil sans fil le plus répandu. Nabil Boujri, responsable commercial chez Barco France, constate que parmi le CAC 40, trente sociétés en sont équipées.

Face au succès de Barco, le système VIA de Kramer effectue une percée significative. Il est le seul à offrir un cryptage des données de 1 024 bits lors de leur transport sur le réseau et en wi-fi. Pour éviter une compression ou un transcodage à la volée, source de dégradation et de latence, les contenus vidéo sont lus depuis la machine de diffusion (PC ou tablette) sous forme de fichiers vers le boîtier récepteur et affichés par la carte graphique de ce dernier.

Kramer diffuse, depuis l’automne dernier, un pad avec un bouton central de connexion similaire à celui de Barco. Les versions Campus et Collage du VIA de Kramer tournent sous Windows Embedded, ce qui permet de les enrichir de nombreuses fonctionnalités et d’y ajouter des logiciels tiers comme des TBI ou la visioconférence.

Face à la richesse fonctionnelle des produits de Kramer, Barco a élargi sa gamme de système ClickShare et promet des nouveautés à l’occasion du prochain salon Infocomm.

 

Les liaisons HDBaseT

Même si les liaisons sans fil sont privilégiées, le transport des images via le câblage en paires torsadées demeure, ne serait-ce que pour le raccordement au vidéoprojecteur en plafond. La liaison dépasse souvent les 15 mètres, limite maximale pour un câble HDMI. Chaque constructeur de système de transport vidéo à paires torsadées a développé son système propriétaire, mais avec l’arrivée des puces du constructeur Valens et l’émergence du standard HDBaseT, les liaisons à paires torsadées sont devenues interopérables entre des matériels de marques différentes.

Tous les acteurs de marché ont adopté le HDBaseT, avec parfois des dénominations spécifiques (TPS chez Lightware, Digital Link chez Panasonic, DTP chez Extron…), reflétant l’ajout de fonctions spécifiques à chaque constructeur. Le site de l’alliance HDBaseT fournit un répertoire complet des produits certifiés HDBaseT. Panasonic publie sur son site un FAQ très complet et un tableau de compatibilité avec sa gamme de vidéoprojecteurs précisant les liaisons fonctionnelles assurées.

Le HDBaseT, même s’il utilise les câbles réseaux avec une connectique RJ-45, n’est pas un transport en IP. Il fonctionne en mode point à point sans compression ni latence. Même avec ces avantages, le succès du HDBaseT reste mitigé. Frédéric Van der Meulen rapporte que cette technologie est méconnue chez les clients et que peu importe le mode de transport, ce qui les intéresse avant tout, ce sont les usages et le résultat. Certains intégrateurs se méfient de l’interopérabilité, garantie pourtant par des tests de validation menés par le consortium HDBaseT. D’autres se montrent satisfaits en termes de résultats et constatent que globalement le HDBaseT fonctionne bien, même avec des matériels de fournisseurs différents.

Mais les plus grosses difficultés rencontrées sur le terrain avec le HDBaseT proviennent des liaisons en paires torsadées elles-mêmes. Même si les câbles posés sont conformes aux spécifications HDBaseT, il faut être très vigilant sur leur mise en œuvre au niveau de la connectique.

Frank Brachet, responsable technico-commercial chez Extron, recommande de veiller particulièrement à l’immunité contre les parasites électriques, sources de coupures ou de défauts dans les images. Il précise : « Pour le HDBaseT, il faut employer des câbles pourvus à la fois d’une tresse et d’un feuillard entourant les quatre paires, dans un câble de type SFUTP avec une bande passante de 450 MHz. La tresse et le feuillard ne bloquent pas les mêmes fréquences et il faut être sûr d’éliminer les parasites sur un large spectre. Second point primordial, vérifier la continuité de la masse au niveau des connecteurs RJ-45 et des panneaux de dicordage. Le piège classique, c’est la jarretière qui, au niveau du patch, coupe la continuité de la masse. »

 

Captation et diffusion sonore

Dans les petites salles équipées avec un écran LCD, la diffusion sonore sera assurée par les enceintes intégrées de ce dernier, ce qui n’est pas toujours satisfaisant, compte tenu de leurs performances médiocres. Dans le cas de salles plus grandes avec vidéoprojection, une sonorisation avec plafonnier sera prévue pour le contenu audio associé aux images. L’amplification sonore des orateurs fera l’objet d’un système de micros spécifiques uniquement pour les salles d’une capacité supérieure à 40 places.

Reste le cas où il est nécessaire d’assurer la prise de son des intervenants pour un enregistrement ou la transmission à distance pour une visio ou une audioconférence. Les solutions installées sont très variables : soit un terminal d’audioconférence comme le Soundstation de Polycom, associé ou non à une caméra, soit le traditionnel système de micros conférence relié en bus à une unité centrale, ou alors un système sans fil comme le Revolabs, le Teamconnect de Sennheiser ou le Microflex de Shure. Les systèmes de prise de son intégrés en dalles de faux plafond, récemment présentés à ISE (Microflex Advance de Shure, Beamforming de ClearOne, Teamconnect Ceiling de Sennheiser…) pourront également constituer une alternative esthétique aux traditionnels micros posés sur la table.

Compte tenu des distances fort limitées, les réseaux audio sur IP, et Dante en particulier sont très peu déployés car l’audio est transporté de manière embeddée avec le HDMI. François Tourny réserve son usage pour les grandes salles de conférences afin d’assurer le transport des signaux audio entre la scène et la régie. Laurent Puget le déploie pour les sonorisations d’ambiance et la distribution multi-salles. Il utilise également les matrices DSP d’Extron, maintenant équipées en Dante, en particulier pour leur fonction AEC (annuleur d’écho) indispensable en audio ou visioconférence.

Frank Brachet constate que « le réseau Dante commence à prendre, mais c’est encore timide. Il est encore peu déployé sur les bâtiments neufs et plutôt pour des liaisons interlocales. Par contre, dès qu’un bâtiment est un peu complexe, en termes de tirage de câbles (rénovation, monuments historiques), c’est très utile. »

Plusieurs constructeurs comme Symetrix ou Extron ont proposé des architectures novatrices basées sur le réseau Dante pour remplacer les systèmes de conférence avec leur traditionnel câblage en bus, mais cela semble trop prématuré par rapport aux habitudes des clients et à leur maîtrise du réseau AOIP.

* Extrait d'un article paru en intégralité dans le Sonovision print #3, pp 48-51. Abonnez-vous à Sonovision pour recevoir, dès leur sortie, nos articles dans leur globalité.

 

 

 

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